Aurélie Moy, redirectionniste et fondatrice du Ty village

À 26 ans, Aurélie est redirectionniste au sein de l’agence vingt et un vingt deux, fondatrice du Ty Village et élue municipale à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor).

Aurélie Moy sur son voilier, "Polochon", amarré au port de Saint-Brieuc.

« Mes parents ont fait toute leur carrière dans la banque et l’assurance, loin de toute préoccupation écologique. Moi, quand j’arrive en école d’ingénieur, j’ai dix-neuf ans et je me projette sans grand enthousiasme dans des boulots mainstream. Je me vois sans joie derrière un bureau, ingénieure dans une grande entreprise.

En dernière année à Polytechnique, je dois me spécialiser : big data, finance, physique statistique… Rien ne me parle, je commence à penser : « Qu’est-ce que je fous là ? » Puis je découvre le parcours « sciences pour les défis de l’environnement », pluridisciplinaire, ouvert aux sciences humaines. Les anciens élèves ont fait des stages sur la forêt au Pérou, sur la biodiversité aux Galápagos, le rêve ! Je suis aventurière, j’adore bouger, les défis, les projets, les initiatives concrètes. Ce parcours me parle, et je m’engage dans cette voie d’ingénieur environnemental. Je prends conscience des problèmes écologiques en surface, mais je n’ai pas encore conscience de la gravité de la crise ; en cours, on parle de réchauffement climatique, mais on se réfugie rapidement derrière des équations, bien loin de me faire comprendre les conséquences réelles sur les sociétés humaines.

Je pars en master à Sydney – à l’époque, prendre l’avion ne me dérange pas encore… Je pense encore qu’on s’en sortira sans changements radicaux : je suis dans le mythe de la « sustainibility », je parle de RSE, de développement durable.

À mon retour en France, je signe dans une boîte pour laquelle j’ai un vrai coup de foudre. Elle propose à ses clients, souvent de grandes entreprises, des projets d’agroforesterie pour compenser leur empreinte carbone et rendre plus résilients les écosystèmes dont elles dépendent (en café par exemple). Optimiste, je suis charmée par cette vision.

Mais cette année-là, je commence à côtoyer des milieux écolos un peu plus radicaux, au cours de divers événements. Les Colibris au festival Oasis, Hameaux Légers en Week-end des Possibles, La Bascule pour l’An Off… Un jour, un gars me parle d’effondrement. C’est la première fois que j’entends ce mot, mais il n’a rien besoin d’expliquer. C’est comme si je savais déjà, finalement. À ce moment-là, je verse mes premières larmes pour le monde.

Au travail, je suis de plus en plus mal à l’aise. L’effet rebond de la plantation d’arbres me saute aux yeux. Ces projets d’agroforesterie légitiment un modèle destructeur et repoussent le moment où ces entreprises vont se poser les vraies questions. C’est une remise en cause des modèles économiques dont on a besoin. Après ce déclic, continuer à travailler en ce sens me semble impossible. Je suis très intolérante aux dissonances cognitives une fois qu’elles sont conscientisées. Je passe des journées entières au bureau sans rien réussir à faire, même envoyer un simple mail.

Au Ty Village, des bouffées d’oxygène

Heureusement, il y a le Ty Village que je développe à Saint-Brieuc, sur un terrain familial. Je suis fan de tiny house : cet habitat écologique, minimaliste offre de la mobilité géographique et financière, et donc une grande liberté ! Mes week-ends en Bretagne sont des vraies bouffées d’oxygène. Quand je débarque à Paris le dimanche soir, gare Montparnasse, au milieu de la foule, du bruit, des odeurs, je pense : un jour, je vais partir et ne plus revenir. Ce jour-là est venu vite. Fin 2019, j’achète un voilier que j’amarre au port de Saint-Brieuc et dans lequel j’élis domicile.

Le Ty Village fondé par Aurélie, à Saint-Brieuc.

Un mois après mon départ, Vincent, qui m’avait recrutée un an auparavant, m’appelle. Lui aussi s’en va. Il me propose qu’on se lance dans une nouvelle aventure tous les deux : ce sera vingt et un vingt deux, agence de redirection écologique. Dans les accompagnements qu’on propose aux entreprises, dans les formations que l’on dispense, je me sens complètement alignée. Je suis droite dans mes bottes quand j’évoque le niveau d’urgence et la radicalité des réponses à apporter. J’ai toujours, parfois, des vagues de tristesse, quand je présente à des clients, pour la énième fois pourtant, les zones du monde inhabitables à la fin du siècle dans les scénarios “business as usual”. J’ai l’impression de régulièrement redécouvrir l’ampleur et la gravité de la crise.

Mais je fourmille d’énergie pour des projets qui me semblent aller dans le bon sens. C’est très nourrissant pour moi d’avoir des projets personnels à côté de vingt et un vingt deux, comme le Ty Village, ou des stages d’écopsychologie. Depuis 2020, je m’investis également comme élue municipale à Saint-Brieuc, pour porter de l’intérieur la voix de l’urgence écologique aux oreilles de la politique locale. Et en ce moment, je cherche avec mon amoureux un lieu de vie collectif à la campagne, pour nous y installer. J’aimerais y développer une petite activité agricole, avec de l’arboriculture, des poules pondeuses et des abeilles. »

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