Qu’est-ce que la redirection écologique ?

Le concept de « redirection écologique » a récemment émergé. D’abord dans les milieux académiques, puis dans les milieux « engagés », et aujourd’hui dans le monde de l’entreprise.

On consultera, par exemple, les travaux d’Alexandre Monnin et Diego Landivar :

« Le concept de Redirection Ecologique renvoie à deux idées principales :

– Les paradigmes du Développement Durable, de la RSE, de la Transition Energétique ne permettent plus de penser la situation écologique caractérisée par une criticité des problèmes inédite.

– L’urgence écologique suppose un alignement urgent des organisations et entreprises vis-à-vis des limites planétaires »

Closing Words Initiative

Transition, croissance verte, RSE….

Le terme de « transition » inclut en général des ajustements des modes de production et de consommation existants. Hors, les enjeux de l’Anthropocène rendent la plupart de ces ajustements insuffisants.

Le concept de « croissance verte » porte un certain nombre de contradictions bien connues.

Les concepts de la RSE ou du « Développement Durable » ont tendance à être utilisés pour isoler les sujets « extra-financiers ». Et ce, sans véritablement enclencher des transformations à la hauteur des enjeux.

Adaptation, renoncement

La « redirection écologique » tente d’englober les transformations en profondeur des modèles d’affaires et de nos modes de vie pour les aligner, les « rediriger » sur des trajectoires compatibles avec les limites planétaires.

Avec les limites planétaires, certes, mais aussi avec les conséquences des déséquilibres écologiques, qui ont débuté et vont s’amplifier. Sur ce point, le cadre des travaux « Deep Adaptation » décrits par Jem Bendell sont éclairants.

La redirection écologique englobe également les notions de « renoncement » (relinquishment) et de « réaffectation » des moyens. Dans une économie à ressources limitées ; la redirection écologique questionne la viabilité même de certaines activités, et leur possible disparition sur le moyen terme.

L’exemple de l’eau minérale en bouteille

Quel besoin ?

Pour illustrer le propos, prenons l’exemple d’un secteur potentiellement concerné par la notion de renoncement ; l’eau minérale. Le besoin qu’adresse ce marché est d’apporter une assurance sur la qualité d’eau consommée. Et ce, tout en créant de l’emploi via la valeur économique apportée par sa différenciation. En effet, une eau minérale se vend bien plus chère que de l’eau « municipale », fut-ce t’elle filtrée, en adressant un besoin similaire.

Une voie de redirection sectorielle

Travailler la redirection écologique de ce secteur consiste à comprendre qu’il n’y a qu’une seule manière de mettre ce secteur en adéquation avec les limites planétaires. Il va falloir adresser ce besoin sans produire, transporter et vendre de l’eau prélevée à une source localisée loin des lieux de consommation.

Par exemple en purifiant, filtrant et, si besoin, en enrichissant en minéraux, de l’eau prélevée localement, après qu’elle ait été acheminée via les réseaux d’eau potable.

Réaffectation des emplois et infrastructures

Il faut ensuite se demander si toute ou partie de la valeur économique, et donc les emplois, liés à la différenciation initiale peuvent être préservés dans le modèle de redirection. Ou si une partie devra progressivement être réaffectée. On peut résumer une partie de la problématique ainsi :

Si les entreprises telles qu’Evian diminuent progressivement leurs ventes de bouteilles d’eau minérale en redirigeant leur activité vers un modèle d’affaires du type de celui de Castalie, quelles seraient les trajectoires de leur chiffre d’affaires et du nombre de salariés du secteur ?

Renoncer à une activité évitable sans renoncer au besoin adressé

On envisage d’un côté un renoncement à une activité énergivore et polluante évitable, sans renoncer à la consommation d’eau de qualité. Et de l’autre, la réaffectation progressive des emplois et des infrastructures concernés, si la trajectoire de redirection ne permet de les intégrer en totalité dans le nouveau modèle économique, ce qui dans ce cas, est probable.

Cette notion de réaffectation progressive est clef dans le travail des redirectionnistes. Tôt ou tard le business de l’eau minérale se contractera. En anticipant cette redirection, on se donne beaucoup plus de temps pour gérer les réaffectations concernées. C’est ce qu’on appelle un protocole de renoncement.

Le site Redirections Ecologiques

Nous proposons, dans ce site, d’identifier les thématiques sous-jacentes aux champs de la redirection écologique, en tentant d’apporter :

  • Une vision élargie de ce qu’est (ou de ce que n’est pas) la redirection écologique
  • Des exemples concrets de redirection écologique de certaines activités / de certains secteurs
  • Des indications sur des manières de faire, avec, si besoin, l’aide de « redirectionnistes » ; notre métier au sein de l’agence vingt et un vingt deux.